Le cachot de la sorcière

  • Auteur : Joseph DelaneyLe cachot de la sorcière
  • Traducteur : Agnès Piganiol
  • Illustrateur : Philippe Masson
  • Editeur : Bayard Jeunesse
  • Année : 2014
  • Nombre de pages : 128

Présentation de l’éditeur : Billy Calder, jeune orphelin de 15 ans, vient d’intégrer la garde de nuit dans une prison très particulière : hantée ! Outre les fantômes qui hantent les lieux, les gardiens sont terrorisés par un dangereux prisonnier enfermé dans « le cachot de la sorcière ». Un soir, Billy est chargé de nourrir le prisonnier, car le chef et les autres gardes sont malades. A minuit, il dépose dans la cellule deux seaux remplis de sang et d’os. Mais alors qu’il s’apprête à en ressortir, la porte se referme ! Billy comprend qu’il est tombé dans un piège, et, horrifié, découvre le visage du prisonnier…

Mon avis : Un roman court pour se faire une bonne frayeur ! On retrouve l’univers de Joseph Delaney, auteur de la série L’épouvanteur, toujours chez Bayard Jeunesse. J’ai adoré l’ambiance inquiétante, la nuit, dans un château qui fait office de prison. J’ai trouvé que certains passages étaient vraiment effrayants (les fantômes de Philippe Masson sur une double page vers la fin du livre y participent, bien sûr). Des scènes trop sinistres, assez dégoûtantes (des sceaux remplis de sang et d’os !) peut-être, pour un jeune lecteur ? La fin laisse envisager deux possibilités, deux issues. Qu’est devenu Billy Calder ? Et des questions, sans réponse. Place aux suppositions et à l’imagination.

Mystérieuse disparition au banc d’Arguin

  • Auteur : Jeanne Faivre d’ArcierMystérieuse disparition au banc d'Arguin
  • Illustrateur de couverture : Pierre-Yves Cézard
  • Editeur : Syros
  • Collection : Souris noire
  • Année : 2016
  • Nombre de pages : 208

Présentation de l’éditeur : À seize ans, Noah est le plus jeune moniteur du cercle de voile de Pyla-sur-mer. Par une belle journée d’été, le club organise une sortie en catamaran jusqu’au banc d’Arguin. Alors que les enfants s’amusent sur la langue de sable, Noah peine à garder un œil sur l’intrépide Flora dont il se sent particulièrement responsable, car c’est la petite sœur de Valériane, son amoureuse. Les heures passent, la marée monte. Au moment de repartir, une recrue manque à l’appel. C’est Flora.

Mon avis : Belle plume. Le texte est riche, la lecture est agréable, le vocabulaire est varié, soutenu (un peu trop parfois je trouve pour des lecteurs de onze ans). Malgré un texte que j’estime de qualité, je n’ai pas aimé l’intrigue. Je me suis ennuyée. Je n’ai pas apprécié le déroulement de l’intrigue, la raison pour laquelle Flora a disparu (pas question d’enlèvement, de trafic, de rencontres louches !) , je n’ai pas aimé les personnages qui gravitent autour de Noah. J’ai eu de la peine pour cet adolescent tant il est le bouc émissaire. Il me semble que c’est lui la victime : insulté par les parents de Flora, rejetée par Valériane… Flora est la (drôle de) disparue, mais Noah est tellement malmené tout au long de l’enquête que j’ai eu davantage d’empathie pour lui. Bon, chacun son ressenti, évidemment !

Placer l’enquête dans un endroit très « vacances estivales » est une bonne idée (d’autant plus qu’avant le roman, une carte du bassin d’Archacon a été représentée, avec l’indication des lieux et des routes : cap Ferret, club de voile de Pyla-sur-mer, du banc d’Arguin, le village du Moulleau, la route vers Biscarosse…). Ambiance polar « meurtre au Pyla ». Cela sent bon le soleil, la mer, le sable, le plein été sur la côte ouest. Mais je m’attendais à un kidnapping ! Pas à cette disparition, ce suspense… tiré par les cheveux ! Plutôt qu’un policier avec de l’action, je pense que l’auteur a davantage voulu attirer le lecteur sur la personnalité des personnages (l’auteur n’a pas cultivé le manichéisme, très bon point, car, même si les parents de Flora et sa grande soeur Valériane sont vraiment grossiers avec Noah, ils ont aussi conscience des propos tenus sous la pression et présentent leurs excuses). J’ai pensé que l’auteur avait, peut-être, voulu démontrer la psychologie des membres d’une famille, d’un club, quand l’un des leurs disparaît.

D’autres romans à suivre dans un coin de la France que Jeanne Faivre d’Arcier a l’air d’aimer particulièrement : Le secret des cabanes tchanquées et Nuit d’angoisse à l’île aux Oiseaux).

Les secrets de Faith Green

  • Les Secrets de Faith GreenAuteur : Jean-François Chabas
  • Illustrateur couverture : Camille Benyamina
  • Illustrateur intérieur : Christophe Blain
  • Editeur : Casterman
  • Collection : Casterman poche
  • Année : 2012
  • Nombre de pages : 153

Ce roman a reçu de nombreux prix littéraires jeunesse : Prix Tam-Tam “Je bouquine” en 1998, Prix du livre d’Or des jeunes lecteurs de Valenciennes, Prix littéraire du collège de Bayeux, Prix des incorruptible en 1999, Prix Chronos Suisse, Prix Mange-livres de Carpentras en 2000…

Présentation de l’éditeur : « Descendez-moi ce fumier ! » J’étais tellement paniquée que je suis restée là, bouche ouverte, sans bouger ni crier, tandis que les bandits couchaient en joue mon père. Quand le premier coup de feu a claqué, j’ai fermé les yeux. Faith Green a 12 ans en 1922, quand elle rédige ces lignes dans un cahier recouvert de cuir rouge. 76 ans plus tard, elle débarque dans la vie et la chambre de son arrière-petit-fils, avec sa mauvaise humeur, un énorme revolver et son journal intime planqué au fond de sa valise.

Mon avis : Nouvelle couverture pour ce roman paru pour la première fois en 1998, réédité en 2012 et en octbre 2016 avec la nouvelle couverture. On peut toujours voir l’ancienne couverture illustrée par Christophe Blain Les secrets de Faith Green2sur le site de Casterman (je trouve que l’ancienne couverture reflètait davantage l’ambiance du roman).

Les secrets de Faith Green est une histoire dans l’histoire dans l’Histoire. A travers la lecture de Mickey, l’arrière-petit-fils de Faith, jeune gamin de Brooklyn, fils d’épiciers italiens, le lecteur découvre l’enfance puis l’adolescence de Faith à partir du 23 janvier 1920. Date à laquelle le père de Faith offre pour les dix ans de sa fille quatre gros cahiers à la couverture rouge pour raconter sa vie. Un an plus tard, le père de Faith est ruiné. Fini la belle vie aisée à Chicago. Les parents de Faith décident, mystérieusement, de s’installer dans la forêt du Montana, près du village de Blackberry… A travers la lecture des journaux intimes de son arrière-grand-mère, Mickey apprend à connaître, à comprendre, et enfin à aimer cette très vieille dame imposante, revêche, effrayante parfois, qui ne sourit jamais. Faith a vécu beaucoup de choses au cours de sa vie, et elle a du s’adapter à une vie rude dans la forêt, une vie loin de la civilisation, et une vie de non-dits, de peur. Car qui est cet homme Legoueux que son père fait entrer dans leur vie ? Pourquoi ses parents parlent-ils tout bas ? Pourquoi sa mère a l’air toujours l’air si triste, si inquièt ? Pourquoi son père est-il armé ?

Même si ce n’est pas un roman coup de coeur, j’ai passé un agréable moment. C’est un roman à deux ambiances : celle plutôt guillerette de la vie d’un jeune Américain de Brooklyn qui traine avec ses deux amis fans de rollerblades, et celle beaucoup plus sombre, lourde, mystérieuse d’une fillette des années 1920 dans une Amérique en pleine Prohibition où les affaires illicites se résolvent à coup(s) de fusil dans les bois.

Pendant la guerre de Cent Ans Journal de Jeanne Letourneur 1418

  • MHFJGUERRE DE 100.inddAuteur : Brigitte Coppin
  • Editeur : Gallimard Jeunesse
  • Collection : Folio junior, « Mon histoire »
  • Année : 2016
  • Nombre de pages : 144

Présentation de l’éditeur : «23e jour de mars 1418. Tant qu’il me sera possible, j’écrirai tous les jours jusqu’à ce que cette maudite guerre finisse. Cela fait trente-huit ans que Charles le Bien-Aimé est notre roi et tout va mal dans le royaume de France. Maman m’a souvent raconté comment ces brutes de soldats anglais pillent les maisons, saisissent les bourses et bijoux, emportent les moutons et parfois aussi les jeunes filles.»
La tourmente d’une terrible guerre au Moyen Âge, à travers le journal intimpendant-la-guerre-de-cent-ans-journal-de-jeanne-letourneur-1418e de Jeanne.
En fin d’ouvrage, un supplément historique sur le conflit entre Armagnacs et Bourguignons pour conquérir le royaume de France.

Mon avis : Ce titre est paru pour la première fois en 2005 aux éditions Gallimard Jeunesse, déjà dans la collection »Mon histoire ». Un livre grand format, très joli, couverture, quatrième de couverture cartonnées, donnant un aspect élégant de journal intime d’antan ou d’un livre précieux, avec un effet « feuilles jaunies ». L’édition que j’ai lue est en version poche. Gallimard Jeunesse est, en effet, en train de rééditer les titres de la collection.

Le journal de Jeanne débute le 23 mars 1418 et s’achève le 23 juillet. Jeanne, quatorze ans, fille de Thomas et Marie Letourneur, propriéraires d’une boutique de drapiers, a quitté Louviers, en Normandie, sur la demande de sa mère. En effet, les troupes du roi Henri d’Angleterre, en guerre contre le roi de France Charles VI (le roi malade, qui a perdu la raison en 1392), risquent d’avancer jusqu’au village, et Marie Letourneur a voulu éviter à son unique enfant survivant les horreurs de cette guerre (qui dure depuis 1337). Jeanne commence ainsi à rédiger son journal alors qu’elle est aux Andelys, en Normandie. Elle suit des voisins de sa famille, les Adenel, qui se dirigent vers Pontoise. Commence alors pour Jeanne un périple fort mouvementé, qui va la mener jusqu’en Touraine, en effectuant un long séjour à Paris.

Dans la capitale, Jeanne découvre la foule, les boutiques d’artisans, les ruelles tortueuses, la vie à la fois palpitante et dangereuse. Envoyée sur les conseils de Pierre Le Flament, usurier parisien, à l’auberge de la Barbe-d’Or, dirigée par dame Emeline, Jeanne fait la connaissance de de Catherine et Berthilde, les filles de cuisine, puis de Marie la passionnée de fleurs et de son chien surnommé Scampette par Jeanne. La jeune fille est témoin des manigances, des querelles, et des banquets gargantuesques de la « confrérie des Bouchers ».  Le 12 juin, Jeanne est témoin du déchaînement de haine entre les Armagnacs et les Bourguigons. Paris est ouverte aux Bourguigons (alliés aux Anglais) et massacrent les Armagnacs (menés par Bernard d’Armagnac, partisans de la famille royale). Cette nuit d’horreur coûte la vie à son amie Marie. Après la peur, le sang, les injustices, Jeanne quitte la capitale avec Françoise, la soeur de Pierre Le Flament, et ses deux fils, Renaud et Martin, qui retournent en Touraine sur leurs terres en Touraine.

Ce roman-documentaire de Brigitte Coppin est une belle découverte. L’auteur a décidément le don pour faire vivre les petites histoires dans la Grande Histoire, et retranscrire les époques (que ce soit le Moyen Âge ou la Renaissance).

Je n’ai eu aucun mal à me plonger dans l’ambiance de Paris au début du XVeme siècle, avec l’indication de célèbres places et lieux parisiens : la rue de la Mortellerie (elle a été rebaptisée au XIXe siècle rue de l’Hôtel de ville), la rue de Trousse-Vache (rebaptisée au XIXe siècle rue de la Reynie), le Pré aux Pourceaux (ou la Butte Saint-Roch, n’existe plus de nos jours), la porte Saint-Honoré, le port de Grève, des nombreuses églises de la capitale Saint-Bon, Saint-Merri, l’hôtel Saint-Paul, la prison du Châtelet. J’ai hâte de me plonger dans un autre roman de Brigitte Coppin : Aliénor d’Aquitaine, une reine à l’aventure (Flammarion Jeunesse).

Ce roman incite vivement les jeunes lecteurs à se documenter davantage sur cette période du Moyen Âge. D’ailleurs, après l’histoire, un cahier documentaire permet de mieux comprendre le fil des événements : la situation de la France au XIVe siècle, l’époque de Jeanne,  la place primordiale de la religion au quotidien, Paris pendant la tourmente, et des dates clés de la Guerre de Cent ans (qui a en fait duré de 1337 à 1453).

Mozart Le musicien enchanteur

  • 7478_mozart_couv.inddAuteur : Catherine Loizeau
  • Illustrateur de couverture : Anne-Lise Boutin
  • Editeur : Belin jeunesse
  • Collection : Avant de devenir…
  • Année : 2013
  • Nombre de pages : 160

Présentation de l’éditeur : Dès son plus jeune, Wolfgang Amadeus se montre précoce en tout. Dès 3 ans, le petit garçon commence à pianoter sur le clavecin de sa grande sœur. À 5 ans, il maîtrise le violon et s’essaie à la composition musicale !
Conscients des dons exceptionnels de leur fils, les parents de Mozart quittent Salzbourg pour faire connaître à Vienne le talent de leurs enfants. Une aventure familiale exceptionnelle commence…

Mon avis : Passionnant ! Décidément, c’est une belle collection de romans historiques que propose Belin Jeunesse à ses lecteurs. Après Marie Curie, Marie-Antoinette, voici le grand jeune Wolfang Mozart, qui voyage avec ses parents, Léopold et Anna Maria, et sa soeur Marie Anna, dite Nannerl, à travers l’Europe de 1762 1767: de Munich à Londres, en passant par Vienne, Francfort, Bruxelles, Versailles… La famille Mozart est reçue par les cours royales qui leur réservent un accueil plus ou moins chaleureux et respectueux. C’est un triomphe auprès de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche et de l’empereur François Ier (parents de la future Marie-Antoinette) et une humiliation auprès de Madame de Pompadour, favorite de Louis XV. Puis le jeune Mozart, devenu adolescent, découvre l’Italie, patrie qui l’inspirera comme jamais. A Rome, à la Chapelle Sixtine, il y entend pour la première fois de sa jeune vie le Miserere de Gregorio Allegri. Le roman s’achève en avril 1771 lorsque le jeune Mozart et son père sont de retour à Salzbourg auprès de sa mère et de sa soeur.

Comme pour les autres titres, les noms des personnages réels sont indiqués sur les rabas du livre ce qui facilite la lecture. Après le roman, un cahier documentaire regroupe un portrait célèbre du jeune Mozart, quelques repères chronologiques sur la vie de Mozart (du mariage de ses parents en 1747, jusqu’à la mort de sa soeur Nannerl en 1829. Mozart décède le 5 décembre 1791 et « est enterré comme un pauvre ») ; « la vie de Mozart après… » (1771 et les années suivantes) ; une page récapitulant ses oeuvres majeures (il est l’auteur de plus de six cents oeuvres musicales), et bien d’autres informations à (re) découvrir !

Juliette Pommerol chez les Angliches

  • juliette-pommerol-chez-les-anglichesAuteur : Valentine Goby
  • Editeur : Thierry Magnier
  • Collection : En voiture, Simone !
  • Année : 2016
  • Nombre de pages : 108

Présentation de l’éditeur : Revoilà notre héroïne joyeuse empêtrée dans ses mensonges. Malgré sa peur de quitter ses parents et ses peluches, elle se retrouve en Angleterre… sans l’avoir vraiment voulu ! La famille d’accueil est charmante, mais le programme touristique de Londres à l’Ecosse réserve bien des surprises… Juliette saura-t-elle mentir in english ?

Mon avis : J’ai été attirée par la couverture, illustrée par Aurélie Guillerey (qui a également illustré Le grand mensonge de la famille Pommerol) ! Et par la thématique aussi : l’Angleterre, Londres, l’Ecosse, un voyage linguistique ! L’auteur fait voyager son jeune lecteur de la vie so bristish in London aux joies du camping sous la tente en Ecosse, avec les fameux midges dévastateurs et la pluie qui ne semble jamais s’arrêter (j’aurais préféré que l’histoire se passe intégralement à Londres, comme on peut le supposer sur la couverture du livre). De l’humour, des phrases en anglais écrites phonétiquement (ayoutaïeud ? / are you tired ?), de la tendresse, la vie de famille et l’apprentissage d’un séjour loin de la maison. De bons ingrédients pour faire passer un agréable moment lecture. Toutefois, j’ai été gênée par le style de l’auteur qui, je trouve, ne s’efface pas derrière Juliette Pommerol. Un langage bien soutenu pour une fillette en sixième.

Jun Ling Une enfance chinoise

  • jun-ling-une-enfance-chinoiseAuteur : Adeline Yen-Mah
  • Traducteur : Luc Rigoureau
  • Editeur : Flammarion jeunesse
  • Collection :  Castor Poche
  • Année : 2010
  • Nombre de pages : 283

Présentation de l’éditeur : Orpheline de mère, Jun-ling est le souffre-douleur de sa famille. Ses frères et sa soeur lui reprochent la mort de leur mère et son père la néglige. Soutenue par son grand-père, Ye Ye, et sa tante Baba, Jun-Ling apprend à avoir confiance en elle et à partager leur amour des lettres. Elle y puisera la force de prendre son envol…

Mon avis : Si vous êtes d’humeur morose, que vous trouvez que la vie est injuste, ne lisez pas ce roman ! Car vous serez encore plus déprimé par la suite. Même si cette autobiographie s’achève sur une note d’espoir. Quelle tristesse, quelle douleur. Des humiliations, de la cruauté, l’abandon, la solitude, l’injustice sous toutes ses formes… L’enfance chinoise dans les années 1940 de l’auteur (née en 1937)  est pleuplée de tristesse, de cauchemars, d’angoisses, de rejets, d’indifférence. Je ne sais pas ce qui m’a plus choquée : la mise à mort de son caneton, précieux confident de Jun-Ling par le chien de la famille ? Le père qui a oublié la date de naissance de sa fille ? Jun-Ling abandonnée dans un pensionnat catholique, totalement isolée avec les religieuses ? Ou cet esprit curieux, brillant, fort, qui la mènera vers des études de médecine en Angleterre ? Fallait-il qu’elle réussisse brillamment ce concours national d’écriture à l’âge de 14 ans pour avoir droit à un peu de bonheur ? Et si elle avait été une élève moyenne, que se serait-il passé ? J’ai eu du mal à supporter cette succession d’épisodes cruels, même si au fil des années, Jun-Ling remporte des victoires : se lier d’amitié avec des camarades de classe, être déléguée, être invitée pour un anniversaire, être reconnue pour ses facultés intellectuelles. Même si elle n’est pas totalement seule (par moment, si, elle l’est), elle a sa tante Baba et son grand-père Yeye. Mais pourquoi ne la sauvent-ils pas ? Comment peut-on laisser sa nièce, sa petite-fille dans une situation aussi injuste ? Comment un père peut-il oublier l’existence de sa fille ? Et préférer ses enfants du « deuxième lit » ? Comment une belle-mère peut-elle être aussi cruelle, aussi égoïste, diabolique ?

A la fin du roman, des portraits en photographie de l’entourage d’Adeline Yen-Mah sont présentés : sa grand-tante, présidente de la Banque des Femmes de Shanghai, fondée en 1924 ; la fratrie de Jun-Ling avec ses frères et soeurs en 1946 ; son père, sa belle-mère Niang et son grand-père Yeye ; sa tante Baba. De contempler ses visages a renforcé mon émotion en terminant ce roman. Ces personnages ont réellement existé, et j’ai eu de la pitié pour la petite Jun-Ling.